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Petit retour en arrière : Trent Reznor a vendu trois millions de copies de son " Downward Spiral ", et il est devenu l’un des muscles les plus puissants du corps de la musique industrielle. Sa misanthropie violente, sa mélancolie suicidaires et ses histoires de cul perverses sont aujourd’hui oubliées, il est passé à l’échelon supérieur. Le moins qu’on attendait du plus populaire des vulgarisateurs indus-rock. " The Fragile ", opus espéré depuis quatre ans par quelques millions d’individus, du fan à la ménagère de moins de vingt ans, est enfin là. Mais pas à n’importe quel prix… D’abord, que cela se sache : Trent Reznor a stoppé net drogue et alcool pour se convertir au Jet Ski et au cocktail protéiné. Pas une blague, un signe des temps plutôt. C’est qu’il semble s’en être passé des choses dans la vie de cet homme depuis quatre ans ! Après avoir moralement et physiquement trinqué, Reznor a allumé de nombreuses bougies disposées au milieu de ses ordinateurs, s’est assis sur la moquette bleu - nuit de son studio " Nothing " à la Nouvelle Orléans et… s’est mis au travail. Auparavant, il s’était coupé les cheveux avant de se couper du monde tout court. Et surtout, il a longuement digéré… L’absence d’abord (le décès de sa grand-mère qui l’a élevé). La trahison ensuite (voir plus loin). Reznor, l’ogre / musicien à qui tout, jusqu’à présent, réussissait, se retrouvait face à deux paramètres que, pour une fois, il ne contrôlait pas. Pour la première fois, il vivait son " Premier face à face avec la vie… ou avec la mort " comme il le dit lui même. Pour la première fois, quelqu’un d’autre que lui-même avait décidé de l’assassiner… J’ai vendu mon âme Alors, au fond du trou, il suit une thérapie. Il s’explique : " Quand nous avons commencé le Downward Spiral Tour, NIN était un groupe moyen. Au bout de deux ans et demi de tournée, ça y est, nous étions un gros groupe. J’avais de l’argent, du succès et du monde embauché à m’embrasser le cul tous les matins. Je pouvais m’enfoncer dans l’autisme ou traiter les gens comme de la merde. De toutes façon, on me trouvait génial. Le jour où la tournée s’est arrêtée, j’étais paumé, mal en point. Evidemment, ma grand-mère est morte à ce moment-là, et je me suis rendu compte que le peu de gens auquel j’avais ouvert la porte n’étaient pas forcément mes amis. " et c’est aussi à ce moment là que sort la biographie de Marilyn Manson truffée de révélations scandaleuses " on tour " avec Reznor… " J’ai été choqué d’être trahi par un type que je croyais mon ami. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça… " résultat, une chanson comme " Starfuckers Inc. " sur " The Fragile " dédiée directement à l’Antéchrist : " J’ai vendu mon âme mais ne supporte pas qu’on m’appelle ‘pute’, et quand je te suce, pas une seule goutte ne serra gaspillée […] " à moins que cela ne soit destiné à Courtney Love… autre personnalité que Reznor a publiquement cité comme inspiratrice sur certains titres de l’œuvre. Au delà de la colère, c’est surtout l’heure de l’introspection : " J’ai réalisé que si je n’avais pas de petite amie à ce moment-là, je passais par exemple tous mes Noëls seul, c’est parce que je n’avais aucun proche. Quelques amis mariés m’ont envié longtemps ce style de vie. Ca a été un de mes premiers déclics et ma première force, celle d’admettre et de pouvoir leur dire :’Vas te faire foutre. Je suis malheureux et toi, tu ne sais pas la chance que tu as.’ " Fais face à tes merdes ! Reznor s’est enfermé pendant deux ans et a travaillé sur son album à raison de seize heures par jour : " C’était un moment crucial de ma vie d’abord parce que je me suis enfin décidé à arrêter la spirale autodestructrice dans laquelle je m’étais engouffré, et parce que je me suis enfin résolu à composer. J’ai posé mes bagages à Big Sur, sur la côte californienne et je me suis dit :’Bon, si tu veux continuer à te tuer fais-le carrément et arrête d’emmerder le monde sinon fais face à tes merdes une fois pour toutes et réalise quelques chose de constructif. " c’est ainsi qu’à l’heure du single roi et où l’épate règne en impératrice, Reznor se laisse aller à un double album – triple vinyle – difficile d’où jaillissent six titres uniquement instrumentaux. Il conduit volontairement son œuvre sur une voie risquée qui serrait aujourd’hui déconseillée à n’importe quel autre groupe : " Mon but était déjà au moins de faire en sorte que les titres s’enchaînent correctement (rires) ! Si cet album est si long et en effet plutôt lourd à digérer c’est que chaque morceau a été construit avec pour base un unique et énorme socle instrumental. Si nous avions enlevé toute la ‘graisse’ une fois le produit terminé, c’est vrai que nous aurions eu un seul album au lieu de deux. Moi je ne le voyais pas de cette façon. Chaque élément a sa place fondamentale, sinon il serait resté non pas la chair mais les os ! Quand j’ai décidé de faire deux albums, je voulais que ce soit perçu comme une face ‘A’ et une face ‘B’ qui donneraient du souffle à l’ensemble, et non pas comme une punition asphyxiante. " Alan Moulder, co-producteur et ami de Trent ajoute : " Au moment où tout le monde se met aux machines, aux samples en criant que le rock est mort, Reznor lui est allé décrocher les guitares de son mur pour se rapprocher d’un son plus organique. A ma connaissance, il est le seul à pouvoir transmettre autant d’émotions avec trois notes de piano. Il est celui qui cherche sans arrêt un angle auquel personne d’autre n’avait pensé avant. " Pour la première fois depuis quatre ans, Trent est fier de lui. Il termine " The Fragile " et l’envoie à ses parents : " un grand pas en avant… ", murmure-t-il avant d’ajouter : " C’est toujours délicat. Mais c’était vraiment une façon de les tranquilliser en leur disant : ’Tout va bien maintenant. Ne vous faites pas de soucis.’ " Il reprend : " Il fallait que je passe par cette phase d’introspection, il fallait que me prenne la tête entre les mains afin de savoir qui j’étais vraiment. Je ne pensais pas avoir la force de faire ça. Alors j’ai repoussé l’échéance jusqu’au bout, jusqu’à ce que je touche le fond. Quand j’ai eu le courage d’admettre que j’avais des problèmes, j’ai réussi à m’asseoir à mon piano et à me sentir créatif à nouveau. Je m’en suis laissé le droit. Ce qui en est sorti… Je l’ai trouvé très bon et je me suis senti tout de suite mieux. Le processus créatif a engendré ma quête personnelle, puis ma propre guérison. " Maintenant je dors bien la nuit Alors oui… Les fans amoureux uniquement du Trent Reznor casseur de backstage (comme dans la vidéo " Closure ") ou noir et destructeur lors de sa dernière tournée devront peut-être repenser leur adhésion au club NIN… " Je me suis beaucoup posé cette question pendant que je composais… Je sentais quelle tournure était en train de prendre ma musique et je me demandais bien comment le public ou la critique allaient percevoir cette transformation. A vrai dire, je ne me suis pas posé la question longtemps, puisque j’ai vite réalisé que mon premier souci était celui de rester vrai et honnête. Ce disque vient du cœur et des tripes. Tant pis si il n’y a pas de ‘titre radio’ ou si les fans écrivent leur déception sur le Net. Maintenant que le disque est sorti, je suis serein et lis sans problèmes les articles ou les commentaires faits à mon sujet. Je savais que cet album était différent, qu’il foutait moins de coups de poings sur la gueule que ‘Downward Spiral’ par exemple… Mais je savais qu’il était aussi la réflexion exacte de ce que j’étais devenu. Le Trent Reznor de cette fameuse vidéo n’existe plus. J’ai perdu pas mal de gens au cours de cette transformation et cet album m’en ferra encore sûrement perdre d’autres. maintenant, je dors bien la nuit et je me regarde dans la glace chaque matin sans dégoût. C’est tout ce qui compte. " Par Jade Petit |